Mercredi 24 octobre 2018, An Pierlé était l’invitée de la Chapelle Musicale dans sa série Guest. Elle a offert à cette occasion un très beau moment de partage lors d’une rencontre avec le public en prélude au concert. Nous avons été charmé par la personnalité de cette femme menue, curieuse, vive d’esprit, à la répartie facile, et au rire enfantin. Dès son arrivée, elle approche les jeunes artistes en résidence à la Chapelle Musicale car leur travail la fascine : « Ce sont des surdoués d’un aspect de la musique, ils ajoutent ensuite leurs émotions. Moi, c’est l’inverse : je suis une boule d’émotions à sortir et je dois trouver la bonne forme ». Retour sur cette rencontre, en compagnie de Xavier Falques et Sophie van der Stegen.

SvdS: An Pierlé, vous êtes une artistes très complète et très diverse. Vous êtes comédienne de formation, vous avez sorti de nombreux albums, vous avez composé pour plusieurs films, vous avez fait du théâtre musical pour enfants, vous venez de jouer dans Sylvia, au Théâtre National… Par où est-ce qu’on commence pour vous connaître mieux? 

An Pierlé: C’est vrai que je fais de nombreuses choses différentes ces derniers temps, et surtout des choses que je n’ai jamais faites auparavant. J’ai appris lors de ma formation et de mon parcours quelque chose de fondamental: il faut être et ne pas faire, pour devenir un “spelende mens”. C’est la même chose pour le théâtre mais pour la musique, c’est tout à fait différent et donc plus difficile.

XF: Comment abordez-vous le processus créatif ? Avez-vous un « travail », une rigueur ou c’est plutôt anarchique, vous notez des bouts d’idées et puis créez à partir de cela ?

AP : Tout le monde a de la fantaisie et est donc capable de créer. C‘est juste parfois une boîte dans le cerveau qu’on ne prend pas le temps d’ouvrir. Il faut l’ouvrir continuellement. Pour susciter l’inspiration, je prends le temps de ne rien faire, c’est le plus créatif que tu puisses être. J’amène ma fille à l’école puis je vais prendre un café, et je marche. Les idées se mettent en place, les portes dans mon esprit s’ouvrent pour permettre de créer des combinaisons. Parfois, je me mets devant le piano, à l’envers (elle se lève et va vers le piano, et mime ce qu’elle décrit) et je plaque un accord au hasard, sans voir. Cela provoque quelque chose, et suscite des idées. Ensuite vient le travail. C’est vraiment beaucoup de rigueur et de travail. Je dois m’organiser depuis que je suis devenue maman, pour accomplir ce travail de façon structurée et organisée.

XF : Parfois dans votre musique je retrouve (c’est personnel) quelque chose de très belge. On trouve en effet dans la scène belge pas mal de choses plus « underground » ou plus portées au mélange à l’expérimentation et dans une certaine mesure c’est vrai chez vous, je pense surtout aux harmonies ou des structures, c’est un processus conscient chez vous ?

AP : je viens d’Anvers, mais la moitié de ma famille vit dans le fond des Ardennes et est donc francophone. C’est très étrange pour moi que les deux parties de la Belgique soient si différentes et séparées, incompréhensible. Je parle les deux langues, et je ne comprends pas quel est le problème.

SvdS: Pourtant vous composez vos chansons en anglais.

AP: oui c’est un choix, parce que les sonorités de l’anglais sont intéressantes en chant, plus faciles à rendre que le néérlandais et le r roulé qu’on m’imposait au conservatoire. C’est compliqué de chanter en néerlandais. Et je choisis l’anglais parce qu’avec un très petit set de mots (et c’est la caractéristique du la musique pop) je peux exprimer de nombreux sentiments différents. De toute façon quand on veut communiquer, les langues: on s’en fout !

XF : Notre thème cette année tourne autour de Music&Movies (avec un festival entier autour de cette programmation, du 5 au 8 décembre prochains) : pourriez-vous nous raconter comment se sont passées vos expériences dans cette sphère ?

AP: J’ai rencontré Jaco Van Dormael dans un jury quelque part en France et nous avons sympthisé: on a bu du bon vin ensemble et on a beaucoup parlé. Et quelques mois plus tard il m’a appelée, et m’a annoncé qu’il voulait que je compose la musique de son prochain film (Le Tout nouveau Testament). J’étais terrorisée, parce que je ne savais pas comment on fait, mais je me suis dit que si d’autres y arrivaient, pourquoi pas moi, et j’ai décidé de faire semblant que je savais le faire, et ça a marché comme ça.

Question du public : Comment faire durer la créativité ?

AP: Par le renouveau, en s’entourant pour s’inspirer, en se nourrissant du contact avec les autres. La Chapelle représente pour cela un endroit « ongelooflijk » pour écrire, pour y demeurer en résidence et créer, dans le calme…

Propos recueillis par Roxane Driessens – In het ndls: click here 

>>BOOK NOW!

Prochain Rendez-vous: Stéphane Denève au micro de Camille De Rijk – 14.11.2018: Music&Movies Info

Tickets: Chapel Members: Free / non-members: 50eur – Info & Réservations: Roxane Driessens: info@cerclechapel.net